18
Jan

Vous prendrez bien un peu de Ravel ?

Alors que les conditions sanitaires ne nous permettent pas de vous accueillir, le concert Tout Ravel ! a dû être annulé. Cela nous a donné envie de vous inviter à découvrir ou (re)découvrir son œuvre notamment son Boléro et La Valse, qui auraient dû être jouées lors de ce concert. Bonne lecture !

En quelques mots

Maurice Ravel voit le jour en 1875, à Ciboure, dans les Pyrénées-Atlantiques. Située entre le XIXe et le XXe siècles, son œuvre est est charnière. Elle sera qualifiée par son professeur Gabriel Fauré de « sincérité désarmante ». Il composera, tout au long de sa vie 111 œuvres. 

« L'horloger suisse »
Ravel se distingue notamment par sa précision classique et sa rigueur de la forme, souvent expliquée par la minutie héritée de son père, un ingénieur suisse. De mère basque, son œuvre témoigne de son attirance pour l’Orient et les couleurs folkloriques espagnoles s’en ressentent dans son œuvre : Shéhérazade, Pavane pour une infante défunte, Rhapsodie espagnole, L’heure espagnole ou encore Le Boléro….

Ravel est inspiré, à ses débuts, par Satie, Chabrier, mais aussi Schonberg et le jazz. Ravel mêle ainsi différents langages en respectant une précision sans pareille… Ce qui fait de lui l’un des plus grands compositeurs français du XXe siècle. Rompant avec celles de Chopin et de Liszt, son écriture pianistique innove. Ses partitions orchestrales furent d’ailleurs composée initialement pour le piano. 

Ravel et la danse 
Si Maurice Ravel s’accorde avec Stravinsky qui déclare que « la musique n’a rien d’autre à dire qu’elle-même », il ne cessera pour autant d’écrire des œuvres « chorégraphiques » ! 
Par exemple, ses Valses nobles et sentimentales (écrites primitivement pour piano en 1911), ou sa symphonie chorégraphique en trois parties Daphnis et Chloé (composée en 1912) dont il réalisa deux Suites (orchestrales elles aussi) pour le concert, ou encore La Valse ou Le Boléro.  

Le Boléro

Extrait du Boléro interprété par Les Dissonances | David Grimal lors du concert Ravel & la danse de la saison 2016 | 2017 de l'Opéra de Dijon.
Cet extrait du concert a été capté dans une démarche d'archivage.
Informations et distribution

Aux origines
Ida Rubinstein (1885-1960) est une danseuse russe, amie et mécène de Maurice Ravel. Elle lui commande une composition pour un ballet à caractère espagnol. Ce dernier opte pour un thème et un contre-thème, basé sur un crescendo orchestral ininterrompu : au fur et à mesure, de plus en plus d'instrument joignent l'élan du début, sans modifier la mélodie, la tonalité ou le tempo. Fidèle à son Espagne maternelle et à la danse, Maurice Ravel choisit le rythme du boléro, une danse traditionnelle andalouse.  

La création
L’œuvre est créée le 22 novembre 1928 à l’Opéra de Paris. La chorégraphie est signée Bronislava Nijinska, selon un argument de Maurice Ravel :  

Dans une auberge espagnole, une gitane, debout sur une table, danse seule d’abord. Puis, l’ivresse du rythme qu’elle déchaîne se transmet à ses clients. Un homme saute au milieu de la table et danse à son tour, suivi par tous les autres. Le rythme de la musique est ponctué par leurs cris, leurs bagarres, leurs appels et leurs provocations. À la fin, les hommes s’emparent de la danseuse qu’ils soulèvent au-dessus d’eux en guise de proie. 

La Valse, un poème chorégraphique pour orchestre

La première édition de la partie d’orchestre de La Valse porte l’indication suivante :

Des nuées tourbillonnantes laissent entrevoir, par éclaircies, des couples de valseurs. Elles se dissipent peu à peu : on distingue une immense salle peuplée d’une foule tournoyante. La scène s’éclaire progressivement. La lumière des lustres éclate au fortissimo. Une Cour impériale, vers 1855.

 

Extrait de La Valse de Ravel interprétée par Les Dissonances | David Grimal lors du concert Ravel & la danse de la saison 2016 | 2017.
Cet extrait du concert a été capté dans une démarche d'archivage.
Informations sur la programmation

Cette « apothéose de la valse viennoise », sous forme de poème symphonique, devait s’intituler Wien. Mais le temps passe et la première guerre mondiale interrompt la réflexion du compositeur. Après la guerre, Serge Diaghilev (critique d’art et inventeur des Ballets Russes) le convainc de reprendre son travail. Pourtant, lorsque Maurice Ravel lui joue La Valse à 4 mains (avec Marcelle Meyer), Diaghilev déclare :

Bravo, Ravel ! Bravo, c’est très beau, mais ce n’est pas un ballet. C’est le portrait d’un ballet. C’est trop court, trop résumé.

La Valse ne sera pas un ballet, mais n'en sera pas moins jouée par bon nombre d'orchestres. 

L'avez-vous remarqué ? La valse devient de plus en plus tragique, comme un écho de la guerre qui a mis fin au monde du XIXe siècle que cette danse représente...