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Oct

5 choses à savoir sur « Görge le rêveur »

 « Écouter Zemlinsky, c’est entreprendre un voyage en des terres qui nous semblent de prime abord familières mais qui nous réservent quelques heureuses surprises. » Marta Gardolińska, directrice musicale

Görge le rêveur d’Alexander von Zemlinsky, de son titre original Der Traumgörge, est la première œuvre lyrique présentée à l’Opéra de Dijon les 16, 18 et 20 octobre. Voici 5 choses à savoir sur cette œuvre inédite : 

Une œuvre endormie pendant... 40 ans !

Composé en 1906, Der Traumgörge ne sera créé qu’en 1980, 38 ans après la mort du compositeur.
La raison ? L’œuvre est à l’origine une commande de Gustav Mahler pour l’Opéra de Vienne dont il est alors directeur, avec une création prévue en 1908. Mais, en 1907, après dix ans d’un mandat artistique révolutionnaire sur cette scène, Mahler est démis de ses fonctions par le vieillissant empereur François-Joseph, qui va sur ses 50 ans de règne. Son successeur, soucieux de mettre sa marque sur la maison, annulera la création. L’œuvre restera dans les archives de l’Opéra de Vienne pendant plusieurs années...

Un livret d’inspiration romantique

Pour rédiger ce livret étonnant et très différent de la tradition du genre, Zemlinsky et son librettiste Leo Feld se sont inspirés d’un triptyque du grand poète romantique allemand Heinrich Heine : Der armer Peter. Un cycle qui avait déjà été mis en musique par Robert Schumann en 1845 : 

 

L’influence de Gustav Mahler

Pour la composition de son Görge le rêveur, Zemlinsky a bénéficié des remarques et conseils de Gustav Mahler, alors directeur de l’Opéra de Vienne, dont le style marque fortement la musique du second acte. 

Vienne, ville de cœur de Zemlinsky, est aussi celle où réside la cheffe d’orchestre de cette production de Görge le rêveur, Marta Gardolińska :

« J’ai la chance d’habiter à Vienne depuis une dizaine d’années. C’est une ville pleine de nostalgie de l’époque impériale. L’esprit des années 1900 y est encore très présent. On a souvent l’impression de vivre à une autre époque. Je profite aujourd’hui de cette ville qui m’offre ce qu’elle a de meilleur. J’ai ainsi eu la chance de parcourir la partition manuscrite de Görge le rêveur, annotée de la main de Gustav Mahler : une expérience extraordinaire. Je suis heureuse d’avoir l’opportunité de donner vie à cette musique incroyable, de contribuer à sa renaissance. On lit parfois que Zemlinsky serait né trop tôt ou trop tard. À vrai dire, j’ai du mal à l’imaginer à une autre époque. Je pense qu’il était fait pour côtoyer la poésie de Maeterlinck et de Richard Dehmel, la psychanalyse de Freud et les peintures de Schiele ou de Gerstl. »

La Princesse et la "sorcière" Gertraud inspirée par une personnalité du monde artistique viennois

Au centre de l’histoire de Görge se trouvent la Princesse et la « sorcière » Gertraud, qui se révèlent à la fin un même personnage. Cette personnalité double aurait été inspirée à Zemlinsky par sa relation avec Alma Schindler, ange et démon du monde artistique viennois, maîtresse un temps de Gustav Klimt, qui deviendra successivement la femme du compositeur Gustav Mahler, de l’architecte Walter Gropius et de l’écrivain Franz Werfel, auxquels elle survivra. C’est pour la fille de celle qu’on surnommera « la veuve des quatre arts », qu’Alban Berg composera son Concerto à la mémoire d’un ange.

Des airs de contes de fée

Blanche-Neige, Le Chat Botté, le Chat Murr...
Le livret de Görge le rêveur comporte de nombreuses allusions et citations à des contes célèbres. Pour cette coproduction de l’Opéra de Dijon et l’Opéra national de Lorraine, le travail de mise en scène de Görge le rêveur a été confié à Laurent Delvert, qui fait honneur à ces références avec une mise en scène du rêve, du cauchemar, mais aussi de la découverte du réel, tel un voyage initiatique qui rappelle le Candide de Voltaire. 

« Maman, tu es si douce, si gentille !
Et maintenant, raconte-moi encore,
comment la reine se regardait
dans son miroir. »

« Miroir, miroir joli,
qui est la plus belle au pays ?  »

« Madame la reine, vous êtes
la plus belle ici.
Mais, par-delà les monts d’airain,
auprès des gentils petits nains,
Blanche-Neige est mille fois
plus belle que vous... »

Görge 
Acte I, scène 6