27
Mai

Artistes en résidence | en résistance

Un festival unique & précieux

Comment une maison comme l’Opéra de Dijon peut aider les artistes dans cette période tragique et continuer à jouer son rôle vis-à-vis des créateurs et du public ? Comment les artistes peuvent-ils se retrouver, retrouver une activité artistique ensemble ? Comment garder le lien si précieux mais si fragile avec tous les publics ? Comment réinterroger nos pratiques à l’ère du COVID-19 ? Ce festival « Artistes en résidence | en résistance » est une des tentatives de réponse, élaborée en étroite collaboration avec tous les artistes et ensembles qui font la vie de l’Opéra de Dijon depuis une dizaine d’années.

Les institutions, plus que les artistes, doivent, en ces temps troublés et complexes, très vite se réinventer, se repenser, s’adapter, pour continuer de proposer au public – d’abord via Internet puis sans doute devant des salles partiellement remplies – des moments d’émotion et de partage. Le travail des artistes doit continuer et les institutions doivent leur fournir les moyens de continuer à pouvoir travailler ensemble et partager la musique avec le public. C’est une responsabilité collective pour permettre demain un nouveau redémarrage d’un secteur qui aura été durement éprouvé.

Ce festival exceptionnel se déroulera dès le 27 mai et jusqu’au 6 juillet. Pas moins de 36 concerts seront proposés dont 28 en streaming le tout dans le respect des consignes sanitaires !

Presque tous les jours, à 20h, rendez-vous sera donné sur le site internet de l’Opéra de Dijon et ses réseaux sociaux pour des moments exceptionnels. D’abord un reportage de dix-quinze minutes autour d’une œuvre, d’un thème, présenté par les artistes, avant le concert proprement dit. Puis après celui-ci viendra un moment convivial d’échange grâce aux technologies numériques entre le public et le(s) artiste(s).

Partage, échanges, amour de la musique : la vie artistique doit reprendre rapidement, sous toutes les formes possibles, dès maintenant, et nous élever à nouveau.

 

Le programme, conçu cette fois uniquement par les artistes incite au rêve, à l’enchantement, à la douce mélancolie, il nous fera passer de l’ombre à la lumière, avec des artistes exceptionnels.

Leonardo García Alarcón, Mariana Florès et Cappella Mediterranea, en retrouvant des musiques – et musiciens – qui leur sont chers, reviendront aux sources de l’opéra, en Italie, avant de s’intéresser aux femmes compositrices, et nous entraînera en Amérique Latine. C’est à Buenos Aires justement que l’Orchestre Dijon Bourgogne nous emmènera avec un programme Piazzolla en compagnie du bandonéoniste William Sabatier. D’Amérique du Sud et ses musiques XVIIe, Les Traversées Baroques, nous guideront vers l’âge d’or de San Marco et la musique pour sortir de la Grande Peste. Après Venise, en route vers l’autre perle de l’Orient, en compagnie de Claire-Marie Le Guay sur la route de l’Orient Express et la redécouverte de deux compositeurs turcs Erkin et Saygun. Puis ce sera au tour de Jos van Immerseel de nous faire parcourir plusieurs siècles de l’histoire de la musique sur instruments authentiques, dont un récital de lieder avec le grand baryton allemand Thomas Bauer. Brice Pauset gravira cette montagne pour tout claveciniste que sont les Variations Goldberg de Johann-Sebastian Bach. Les Dissonances proposeront de nouveaux rendez-vous, les Dissonances Chamber Music Series, conçus cette fois avec la complicité de Philippe Cassard, accompagnés de musiciens européens de renom, parmi lesquels David Grimal, Ilya Gringolts, Lawrence Power, Yung-Hsin Lou Chang, Victor Julien-Laferrière, Yan Levionnois, Mario Brunello, Niek de Groot, Philippe Cassard, Nelson Goerner, Cédric Pescia, Nathalia Milstein et Natalie Dessay.

Enfin, Andreas Staier nous fera (re)découvrir la musique subtile de William Byrd, tout à la fois mélancolique et gaie, subtile sans rien perdre de spontanéité, populaire, fraîche, évidente et naturelle, aux sources de toute la musique pour clavier européenne.

Oui, il sera bien question d’Europe dans ce festival. Une Europe ouverte sur le monde, malgré la pandémie, malgré les pulsions mortifères qui se nourrissent des pires moments de notre histoire commune, l’égoïsme et le repli sur soi. Une Europe rayonnante, flamboyante, lumineuse : celle des arts et de l’esprit, celle de notre intelligence collective, celle de l’humanisme, parenthèse enchantée et ballon d’oxygène si vitaux à chacun d’entre nous et pourtant aujourd’hui si menacé d’explosion.

Laurent Joyeux
10 mai 2020

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